Le syndrome d'Heimler est une maladie génétique rare caractérisée par l'association :
d'une perte de l'audition de perception ;
d'une amélogenèse imparfaite hypoplasique / hypominéralisée (anomalie de l'émail dentaire).
Peuvent également être présentes :
des anomalies des ongles.
Ce syndrome est également nommé : syndrome de surdité-hypoplasie de l'émail-anomalie des ongles.
Crédits : Cassandra Vion (oreille et dents), Clker-Free-Vector-Images de Pixabay (oreille), FreePik (ongle)
La prévalence du syndrome est estimée à 1 personne atteinte sur 1 000 000.
En 2025, une cinquantaine de personnes avec un diagnostic confirmé génétiquement de syndrome d'Heimler était recensée dans le monde.
Le syndrome d'Heimler fait partie d'un ensemble de pathologies métaboliques d'origine génétique appelées "maladies peroxysomales" ou "troubles de la biogenèse des peroxysomes".
Les peroxysomes sont des structures (organites) présentes dans toutes les cellules, à l'exception des globules rouges, indispensables à leur bon fonctionnement. Ils participent notamment à l'élimination de substances toxiques pour l'organisme (détoxification, gestion du stress oxydant) et à la bonne utilisation des lipides.
Le syndrome d'Heimler est causé majoritairement par des mutations des gènes PEX1 (peroxisomal biogenesis factor 1) ou PEX6 (peroxisomal biogenesis factor 6) présents respectivement sur les chromosomes 7 (position 7q21) et 6 (position 6p21).
Les mutations du gène PEX6 (60% des cas) sont plus fréquentes que celles du gène PEX1 (16% des cas).
Chez quelques personnes présentant une forme atypique du syndrome d'Heimler, des mutations du gène PEX26 ont été identifiées.
Les gènes PEX1 , PEX6 et PEX26 codent des protéines du peroxysome des cellules, les péroxines.
Elles sont impliquées dans le transport d'autres protéines dans le peroxysome.
Les protéines PEX1 et PEX6 sont des ATPases, c'est-à-dire des enzymes utilisant de l'énergie (l'ATP) pour fonctionner.
Elles travaillent ensemble pour recycler une autre péroxine, PEX5, dont la fonction est d'amener à l'intérieur du peroxysome les protéines dont il a besoin pour fonctionner. Les protéines PEX1 et PEX6 permettent ainsi à la protéine PEX5 de ressortir du peroxysome pour aller chercher une autre protéine.
La protéine PEX26 est ancrée dans la membrane du peroxysome. Elle fixe le complexe formé par les protéines PEX1 et PEX6 à la membrane pour lui permettre de jouer son rôle de transporteur de la protéine PEX5.
Crédit : Filière TETECOU - from Servier Medical Art licensed under CC BY 4.0
Illustration simplifiée des rôles des peroxines impliquées dans le syndrome d'Heimler
Les mutations des gènes PEX1, PEX6 et PEX26 rendent le complexe PEX1-PEX6 moins efficace pour recycler la protéine PEX5, de sorte que les peroxysomes fonctionnent moins bien.
Cela conduit à des atteintes des structures les plus sensibles à un dysfonctionnement du peroxysome : l'oreille interne, la rétine de l'oeil, l'émail des dents.
Les mutations des gènes PEX1 et PEX6 sont dites hypomorphes, c'est-à-dire que les protéines PEX1 et PEX6 mutées conservent une activité partielle. C'est la raison pour laquelle le syndrome d'Heimler est la moins sévère des maladies peroxysomales.
Le syndrome d'Heimler est à l'origine de plusieurs manifestations cliniques, dont la présence et la sévérité sont variables d'une personne à l'autre.
Il s'agit principalement d'une amélogenèse imparfaite.
C'est une des manifestations les plus caractéristiques du syndrome.
Cette amélogenèse imparfaite de type hypoplasique et hypominéralisé concerne davantage les dents permanentes postérieures (prémolaires et molaires), plus sévèrement touchées que les dents antérieures (incisives).
Les dents temporaires (dents de lait) ne sont pas atteintes.
D'autres anomalies bucco-dentaires peuvent être présentes, telles que des anomalies de la forme des dents (taurodontisme) ou de leur taille (microdontie), un chevauchement de certaines dents, un retard d'éruption, une atteinte de la dentine.
Ces anomalies bucco-dentaires ont des conséquences fonctionnelles, esthétiques et sur l'estime de soi impactant la qualité de vie des personnes atteintes.
La surdité de perception (neurosensorielle) est une perte de l'audition résultant d'un dysfonctionnement de l'oreille interne.
Il s'agit de la première manifestation du syndrome, présente à la naissance (congénitale) ou apparaissant dans les trois premières années de vie.
Elle est le plus souvent congénitale, bilatérale, de sévère à profonde. Elle peut être évolutive.
Elle est généralement diagnostiquée à la maternité lors du dépistage néonatal systématique de l'audition réalisé auprès de tous les nouveau-nés.
Elle peut entraîner des difficultés d'apprentissage de la langue et avoir des répercussions au niveau social, scolaire et professionnel.
La dystrophie de la rétine n'est pas toujours présente. Elle survient un peu plus tardivement que les autres manifestations et de manière plus variable selon les personnes atteintes par le syndrome.
Il peut s'agir de différentes formes de dystrophie rétinienne : dystrophie maculaire progressive, dystrophie rétinienne cônes-bâtonnets, dystrophie isolée des cônes.
Il s'agit d'anomalies au niveau de la rétine de l'oeil, à l'origine de troubles de la vision (baisse de la vision centrale, apparition d'une tache noire au centre du champ visuel, anomalies de la vision des couleurs).
Lorsqu'une dystrophie de la rétine est présente, la personne est en situation de double handicap, auditif et visuel (surdicécité), susceptible d'accentuer ses difficultés de communication.
Les anomalies des ongles ne sont pas toujours présentes.
Elles peuvent concerner les ongles des doigts et/ou des orteils.
Elles consistent en la présence de rainures horizontales (lignes de Beau) et de taches blanches (leuconychie).
Le diagnostic peut être posé :
Le syndrome d'Heimler peut être confondu avec le syndrome d'Usher caractérisé par une dystrophie rétinienne et une surdité congénitale bilatérale sévère. Le syndrome d'Usher sera différencié du syndrome d'Heimler par l'absence d'amélogenèse imparfaite, l'apparition beaucoup plus précoce de la rétinite pigmentaire et l'analyse des gènes impliqués.
Le syndrome de Jalili associe une dystrophie de la rétine avec une amélogenèse imparfaite. Contrairement au syndrome d'Heimler, une surdité ou des anomalies des ongles ne sont jamais associées. La distinction entre les diagnostics de syndrome d'Heimler et de Jalili sera faite en fonction des atteintes du patient ou par l'analyse des gènes impliqués.
Le diagnostic sera confirmé par une analyse génétique mettant en évidence les mutations des gènes PEX1, PEX6 ou PEX26.
Les anomalies dentaires sont considérées comme des critères diagnostiques majeurs du syndrome d'Heimler : un bilan oral clinique et radiologique précoce et multidisciplinaire (spécialistes en odontologie pédiatrique, orthopédie dento-faciale, prothèse et imagerie) est indiqué.
Pr Agnès Bloch-Zupan
Journée Nationale 2020 de la Filière TETECOU
La transmission du syndrome au sein d'une famille se fait selon le mode autosomique récessif.
Seule les personnes avec deux copies (allèles) du gène muté (une copie provenant de chacune de ses deux parents) sont malades.
Les personnes porteuses d'une seule copie du gène muté sont porteuses saines ; elles ne sont pas malades mais peuvent transmettre le gène muté à leurs enfants.
Lorsque les deux parents sont chacun porteurs d'une mutation du même gène PEX, il y a une probabilité sur quatre que leur enfant soit atteint à chaque grossesse, que ce soit un garçon ou une fille.
Les personnes atteintes du syndrome d'Heimler ont un risque très faible de transmettre la maladie à leurs propres enfants, sauf si le deuxième parent est lui-même atteint du syndrome d'Heimler ou s'il est de sa famille.
De la même manière, les personnes ayant dans leur famille une personne atteinte du syndrome d'Heimler ont un risque très faible de transmettre la maladie, sauf en cas de lien de parenté avec leur conjoint.
Ils peuvent bénéficier d'un conseil génétique pour les accompagner dans leur projet de parentalité.
La prise en charge globale de la personne atteinte du syndrome d'Heimler et de sa famille repose sur une coopération pluridisciplinaire entre oto-rhino-laryngologiste (ORL), chirurgien-dentiste et spécialiste en odontologie pédiatrique, orthopédie dento-faciale, médecine bucco-dentaire, ophtalmologiste, généticien clinicien et moléculaire, radiologue, en concertation avec le pédiatre ou le médecin traitant.
Les chirurgiens-dentistes, notamment spécialisés en odontologie pédiatrique, orthopédie dento-faciale et médecine bucco-dentaire, sont fortement impliqués dans la prise en charge.
L'équipe paramédicale comprend : conseiller en génétique, infirmier, psychologue, orthophoniste spécialisé dans la prise en charge des surdités, audioprothésiste, orthoptiste, assistant social, etc.
La prise en charge bucco-dentaire est multidisciplinaire avec l'intervention de spécialistes en odontologie pédiatrique, orthopédie dento-faciale, prothèses et imagerie.
Un bilan bucco-dentaire doit être réalisé dès l'apparition des dents temporaires avec un examen clinique de la cavité buccale pouvant être complété d'un bilan radiographique.
Un suivi régulier, avec des bilans en particulier lors de l'éruption des premières dents permanentes (premières molaires permanentes et incisives permanentes), est nécessaire.
Le traitement est généralement mis en place durant l'enfance et se poursuit jusqu'à l'âge adulte.
Il a pour but de restaurer la fonction de la dentition dans la mastication, l'élocution, la phonation, d'améliorer l'esthétique, favoriser le bien-être émotionnel et psychologique et permettre la meilleure intégration sociale, scolaire et professionnelle des personnes concernées.
Il comprend :
la surveillance et la prise en charge de l'occlusion et des dysmorphoses, en partenariat avec l'orthodontiste et l'orthopédiste dento-facial de l’enfance à l’âge adulte.
Le diagnostic et la prise en charge des troubles de l’audition de l'enfant doivent être effectués dans un centre référent d’ORL pédiatrique.
Le diagnostic repose sur des examens audiométriques adaptés à l’âge et des examens par imagerie (scanner, IRM).
La prise en charge de la surdité repose sur des dispositifs audioprothétiques (contours d’oreille ou implant cochléaire en fonction de la sévérité) et une rééducation orthophonique.
Le programme d'Éducation Thérapeutique du Patient "ETP DentO-RarEduc", destiné aux enfants et adultes atteints de maladies rares orales et dentaires est proposé par le CRMR coordonnateur O-Rares des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

Au sein de la Filière TETECOU, les personnes atteintes du syndrome d'Heimler peuvent être prises en charge dans les Centres de Référence ou de Compétence des Maladies Rares Orales et Dentaires (O-Rares) pour leurs soins dentaires.
Amélogenèses imparfaites

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